La journée a été ouverte par Annabelle Déjardin, Directrice scientifique du PEPR SVA (INRAE, BioForA), qui a rappelé l’ambition du programme : évaluer le potentiel de l’édition des génomes, en complément des outils de sélection conventionnelle, pour répondre aux défis de l’agroécologie et de l’adaptation au changement climatique, sur des niveaux de maturité technologique allant de TRL 1 à 4.
Inscrit dans France 2030, le PEPR SVA s’appuie sur plusieurs leviers complémentaires déployés sur la période 2023-2031 :
Le financement de projets de recherche ;
La mise en place d’infrastructures de recherche mutualisées ;
Le soutien à la formation (doctorants et post-doctorants) ;
L’animation scientifique, la communication et le transfert des résultats.
Une revue rapide des projets financés et des lauréats de l’appel à projets 2025 a permis de donner un aperçu de la diversité des thématiques et des espèces abordées.
Clara Bleuven, chargée de valorisation et d’innovation pour les Programmes de recherche SVA et Agroécologie & Numérique, a ensuite présenté les actions dédiées à la valorisation des résultats de recherche et à l’innovation, avant de lancer officiellement la journée.
Des projets structurants pour faire progresser l’édition génomique végétale
Fabien Nogué (INRAE, IJPB), coordinateur du projet TYPEX avec Pierre-Marc Delaux (CNRS), a présenté ce projet ambitieux visant à développer une édition du génome végétal plus précise, prédictive et applicable à un large éventail d’espèces, y compris les espèces dites « récalcitrantes » à la transformation génétique.
TYPEX a pour objectif de mettre à disposition de la communauté :
Une plateforme de clonage modulaire et à haut débit d’outils d’édition du génome ;
Des outils et protocoles d’édition précise, notamment via le Prime Editing ;
Des stratégies spécifiques adaptées aux espèces cultivées d’intérêt agronomique.
Au-delà des avancées scientifiques, le projet aura pour impact de structurer durablement la communauté française des biotechnologies végétales, à renforcer les capacités d’innovation des acteurs de la sélection variétale et à favoriser des synergies public-privé organisées par technologies plutôt que par espèces.
Mathias Lorieux (IRD, DIADE) a ensuite présenté le projet DIVEDIT, coordonné avec Laurence Moreau (INRAE), dont l’objectif est d’intégrer l’édition génomique dans les schémas de sélection afin d’élargir la diversité génétique mobilisable.
Le projet combine des approches biologiques, technologiques et socio-économiques pour :
- Augmenter la diversité génétique des plantes cultivées annuelles et pérennes ;
- Améliorer les recombinaisons dans des régions d’intérêt ;
- Développer des applications concrètes chez le riz, la tomate, le colza ou encore la cameline ;
- Analyser les impacts socio-économiques de l’édition génomique à travers des enquêtes et ateliers en sciences sociales.
Une infrastructure distribuée pour mutualiser les compétences
Pierre Hilson (INRAE, IJPB) a présenté l’infrastructure distribuée du Programme SVA, conçue pour répondre à un besoin de mutualisation des expertises, des équipements et des savoir-faire en édition génomique végétale, tout en générant une meilleure visibilité nationale.
L’infrastructure s’appuie sur les compétences existantes dans les laboratoires partenaires et se construit progressivement à partir des besoins exprimés par les acteurs publics et privés. Une enquête nationale est actuellement en cours pour affiner ces besoins (https://sondages.inrae.fr/index.php/356382?lang=fr).
Parmi les premiers modules identifiés figurent notamment la production de lignées éditées sur plusieurs espèces (maïs, riz, tomate, pomme de terre…), l’accès à une plateforme de clonage et le déploiement de formations spécialisées. Une prochaine formation aura lieu du 1er au 5 juin 2026 à l’IJPB de Versailles, en collaboration avec le réseau RegenCrop (regencrop-prtge@inrae.fr).
Le point de vue des filières : attentes, freins et conditions de réussite
Justine Perotte (INVENIO), station expérimentale de la filière fruits et légumes de Nouvelle-Aquitaine, a partagé la vision des filières fruits et légumes sur l’édition génomique. À partir d’une enquête menée auprès de producteurs, elle a mis en évidence une forte méconnaissance des technologies d’édition du génome, mais aussi l’importance de l’information et de la pédagogie pour favoriser l’appropriation de ces outils.
Les échanges ont souligné des verrous spécifiques aux fruits et légumes, liés au caractère non modèle ou de niche de nombreuses espèces, renforçant le besoin de partenariats public-privé pour développer des outils adaptés, notamment face à l’émergence de maladies comme l’oïdium.
Philippe Dufour (RAGT2n, filiale recherche de la partie Semence du Groupe RAGT) a ensuite apporté le point de vue d’un acteur majeur en sélection de semences de grandes cultures, en insistant sur les enjeux d’accès aux technologies. Les investissements nécessaires en bio-informatique et en édition génomique restent très inégaux selon la taille des acteurs. La filière alerte sur les risques liés à des modèles de licence trop coûteux ou trop verrouillés, susceptibles de concentrer excessivement la valeur.
Les discussions ont également porté sur les questions de propriété intellectuelle, la coexistence entre brevets et COV, les verrous techniques (identification des gènes candidats, récalcitrance de certaines espèces, phénotypage en conditions réelles) et le rôle clé que peuvent jouer des plateformes publiques et des dispositifs collaboratifs, comme le Programme SVA et PlantAlliance, pour structurer les projets et mutualiser les moyens.
Réglementation et propriété intellectuelle : quels cadres pour innover ?
Julie Labatut (INRAE, LISIS) et Fabien Girard (Université Grenoble Alpes) ont proposé un éclairage sur l’évolution du cadre réglementaire des plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NTG) et sur les enjeux de propriété intellectuelle.
Ils ont rappelé le périmètre du futur cadre réglementaire, présenté l’état actuel du paysage des brevets et des COV, et discuté des perspectives en matière de transparence, de licences équitables et de mécanismes de résolution des litiges. Un regard prospectif a permis d’identifier les outils envisagés au niveau européen pour préserver l’innovation, l’accès aux ressources génétiques et un équilibre entre acteurs, en particulier pour les PME.
Trois ateliers pour faire émerger des priorités et des leviers d’action
L’après-midi a été consacrée à trois ateliers thématiques, réunissant chercheurs, acteurs des filières et de la valorisation, afin de partager les constats, identifier les freins et dégager des pistes d’action concrètes.
Atelier 1 – Traits agroécologiques : quelles priorités pour l’édition génomique ?
Les échanges ont identifié le potentiel de l’édition génomique pour adresser des traits agroécologiques complexes, au cœur du fonctionnement des agroécosystèmes : interactions plantes–sol–microbiome, gestion de l’eau et de l’azote, résistances durables aux maladies ou encore diversification des espèces (légumineuses, protéagineux, plantes dites « orphelines »).
Les participants ont également souligné des verrous scientifiques, réglementaires et économiques importants : difficulté d’identifier les déterminismes génétiques de ces traits, accès inégal aux technologies, incertitudes réglementaires et enjeux d’acceptabilité par les filières et par les consommateurs.
Un message clé ressort : le choix des cibles est stratégique mais parfois risqué, nécessitant une forte coordination public–privé et une approche de long terme.
Atelier 2 – Place et rôle des acteurs : comment mieux travailler ensemble ?
Cet atelier a mis en lumière les asymétries d’accès à l’information, aux technologies et aux compétences entre acteurs, ainsi que les décalages de temporalités entre recherche académique et attentes économiques des filières.
Atelier 3 – Synergies, propriété intellectuelle et réglementation : quels cadres pour innover ensemble ?
Les discussions ont montré une grande diversité de situations et de stratégies selon la taille des acteurs et les filières, notamment face aux coûts de licences et à l’accès aux technologies d’édition génomique.
Si la propriété intellectuelle n’est pas perçue comme un frein bloquant en soi, elle nécessite des règles claires, négociées au cas par cas, et une attention particulière à la valeur du fonds génétique et aux conditions d’exploitation commerciale.
Les participants ont convergé vers l’idée de dispositifs collectifs et précompétitifs pérennes, permettant de travailler ensemble sur les verrous encore existants (outils, essais au champ, découverte de gènes, données), tout en intégrant dès l’amont les questions d’acceptabilité du grand public, de communication et de valorisation des résultats.
Face à ces constats, les participants ont souligné le rôle central des structures d’interface (Programme de recherche SVA,, PlantAlliance, pôles) pour organiser le dialogue, renforcer la visibilité des travaux de recherche et favoriser la co-construction.
Parmi les leviers identifiés figurent la formation, le transfert de compétences (CIFRE, plateformes, workshops), la valorisation des travaux doctoraux et la mise en place d’outils concrets d’animation, tels que des rencontres régulières public–privé ou des supports d’information partagés.
Conclusion
Cette journée a permis de croiser les regards de la recherche et des filières autour des enjeux scientifiques, techniques et réglementaires de l’édition génomique végétale. Elle a mis en lumière le potentiel de ces approches pour accompagner la transition agroécologique, tout en soulignant la nécessité de cadres de collaboration clairs, de mutualisation des moyens et d’un dialogue renforcé entre acteurs.
Les enseignements issus de cette rencontre viendront nourrir les actions du Programme Sélection Végétale Avancée et serviront de base aux prochaines éditions, avec l’ambition de renforcer encore le dialogue, la co-construction et l’impact collectif.