Retour sur le webinaire communication scientifique auprès du grand public du PEPR SVA

Le lundi 9 mars, le PEPR SVA a organisé son premier webinaire dédié à la communication scientifique. Cette session a été centrée sur la communication scientifique à destination du grand public. L’objectif était d’analyser les enjeux, les leviers et les défis liés à la communication scientifique auprès d’un public non expert. Les participants ont pu bénéficier de retours d’expérience de chercheurs expérimentés ainsi que d’une intervention de la Direction de la communication INRAE. Le webinaire a permis d’identifier des approches, outils et formats efficaces pour transmettre des informations scientifiques de façon claire, pertinente et adaptée.

Déroulé du webinaire :

La communication lors d’événements grand public : le cas de Demain mais en mieux . Une intervention assurée par Michel Hernould et Claire Heitz.

Michel et Claire ont présenté l’organisation d’un stand en février 2024 dans le cadre du Festival Yggdrasil, au sein de l’espace dédié à la recherche Demain Mais En Mieux, dont l’objectif est de rapprocher la science du grand public. Financé par l’ANR, ce stand a permis à l’équipe du PEPR SVA de faire connaître ses travaux sur la sélection végétale avancée, notamment les NGT, dans une démarche de transparence et de pédagogie, visant également à prendre de la distance avec l’image souvent négative associée aux OGM.

Leur intervention a permis de détailler les éléments de langage mobilisés afin de capter l’attention du public, avec des accroches adaptées au public et incitatives, tel que « Tu veux voir du blé de la NASA ? ».

Plusieurs ateliers interactifs ont été proposés aux visiteurs : une maquette 3D de Cas9, un jeu de comparaison de séquences, une observation au moyen d’une caméra macro appliquée à un rosier, ainsi que la distribution de plants de tomates. Autant d’animations qui ont suscité la curiosité et l’intérêt des festivaliers.

Un questionnaire distribué pendant l’événement a permis de recueillir les retours des participants et d’identifier leurs principaux centres d’intérêt, les sujets suscitant le plus de questions ainsi que certains points restant encore flous pour le grand public.

En conclusion, l’adaptabilité et le dynamisme des équipes ont largement contribué au succès de l’événement, tout en faisant émerger des pistes d’amélioration pour de futures initiatives, notamment concernant la solidité des maquettes, l’adaptation à un public plus jeune et la gestion d’un temps de démonstration parfois très limité.

La communication auprès des médias. Une intervention assurée par Jean-Luc Gallois.

Jean-Luc Gallois a expliqué que les sollicitations des médias passent généralement par la cellule presse d’INRAE, qui coordonne les demandes des journalistes et oriente les chercheurs en fonction de leur expertise. Les interventions prennent des formes variées (presse écrite, radio, télévision) et sont souvent précédées d’échanges préparatoires permettant aux journalistes de mieux comprendre les enjeux scientifiques. Les chercheurs peuvent ensuite relire leurs citations et demander d’éventuelles corrections.

Dans ses interventions, Jean-Luc Gallois s’attache à replacer l’édition du génome dans le contexte plus large de la domestication et de l’amélioration des plantes. Il insiste notamment sur la différence entre transgénèse et édition du génome, en expliquant comment ces techniques permettent de reproduire certaines mutations naturelles déjà observées chez les plantes. Il souligne également l’importance d’adapter son discours au niveau de connaissance du journaliste et de rester dans son domaine d’expertise, en renvoyant par exemple certaines questions (comme celles liées aux brevets ou aux enjeux économiques) vers des spécialistes d’autres disciplines.

Les échanges ont également porté sur la posture adoptée par les chercheurs dans les médias. À INRAE, l’objectif est avant tout d’expliquer les mécanismes scientifiques sans prendre position dans le débat public, même si les journalistes cherchent souvent à confronter différents points de vue.

Enfin, Jean-Luc Gallois observe une évolution des questions posées par les médias : alors que les discussions portaient auparavant sur les risques potentiels de ces technologies, elles concernent aujourd’hui davantage les enjeux de réglementation, de brevets ou d’impacts économiques. Selon lui, cette évolution reflète une meilleure compréhension du sujet grâce aux efforts de communication scientifique.

Penser la communication auprès du grand public : distinguer connaissances, croyances et valeurs. Une intervention assurée par Pierre Hilson.

Pierre  a souligné un biais fréquent chez les scientifiques lorsqu’ils communiquent avec le public : le « modèle du déficit », qui repose sur l’idée que les citoyens s’opposent à certaines technologies principalement par manque de connaissances. Or, les travaux en sociologie montrent que les efforts d’information seuls ne suffisent pas toujours à convaincre et peuvent parfois renforcer la méfiance.

S’appuyant notamment sur les analyses du sociologue Charles-Emmanuel Eastes, Pierre Hilson a plaidé pour une approche davantage fondée sur le dialogue et l’engagement, plutôt que sur une simple transmission descendante d’informations. Communiquer sur les sciences implique en effet de prendre en compte les valeurs, perceptions et contextes des différents publics, qui peuvent varier selon les acteurs (scientifiques, agriculteurs, citoyens, etc.).

Il a également rappelé que la confiance envers la science reste globalement élevée : selon différentes enquêtes, environ 80 % des citoyens déclarent faire confiance aux scientifiques, même si la confiance envers les institutions peut être plus variable. Cette confiance implique une responsabilité particulière pour les chercheurs lorsqu’ils prennent la parole dans l’espace public.

Enfin, Pierre Hilson a insisté sur l’importance, avant toute action de médiation scientifique, de se poser plusieurs questions clés : pourquoi communiquer, dans quel objectif et auprès de quel public. Dans le cas de sujets controversés comme l’édition du génome, il est également essentiel de bien comprendre les différents acteurs du débat, leurs arguments et le contexte sociopolitique afin de préparer des échanges constructifs et éclairés.

La communication dans le cadre de grands débats. Une intervention assurée par Pierre Barret. 

Pierre a expliqué les enjeux de la participation à des débats publics et médiatiques. Il a raconté ses débuts dans les années 2000, lorsqu’il intervenait sur les OGM dans des débats particulièrement animés. Ces expériences lui ont appris à adapter son message selon le public, qu’il s’agisse d’élèves, d’associations ou de retraités, et à rendre accessibles des concepts complexes.

Un point clé de son intervention est le libre arbitre du public : face à des informations scientifiques, il est essentiel de fournir les faits, d’expliquer la méthode scientifique et de laisser chacun se forger sa propre opinion. Pierre a également souligné la posture de neutralité et la gestion du prosélytisme. Maintenir un discours équilibré face à des publics opposés ou passionnés peut être complexe, et la neutralité peut dépendre à la fois du contexte, des connaissances personnelles et des éléments de langage institutionnels. Il a aussi insisté sur l’importance de reconnaître ses limites, de rester transparent sur ce que l’on sait et ne sait pas, et de clarifier que lorsqu’on participe à un débat, on représente ses connaissances scientifiques, et non l’institution ou la science dans son ensemble.

L’intervention de Pierre Barret a permis de rappeler combien la communication scientifique nécessite à la fois rigueur, clarté et sensibilité au public, tout en jonglant avec les dimensions personnelles, conjoncturelles et institutionnelles.

Le cadrage institutionnel de la communication grand public. Une intervention assurée par Cécile Bittoun.

L’intervention de Cécile Bittoun (responsable du service médias et opinions au sein de la DIRCOM INRAE)  rappelle l’importance de bien préparer toute prise de parole, qu’elle soit devant un journaliste, une collectivité ou lors d’une manifestation scientifique.

Elle a souligné la nécessité de se poser les bonnes questions avant de s’exprimer: suis-je le plus légitime? Quel est le cadre de ma prise de parole? Quelle est ma marge de manœuvre? L’objectif est de fournir un éclairage sur un sujet scientifique sans adopter de position partisane, tout en respectant la neutralité et en sécurisant la communication pour l’institut et ses chercheurs.

Cécile a présenté la Charte d’expression publique et ses supports pratiques, qui guident les scientifiques dans la préparation de leurs interventions. Ces outils permettent de structurer le message, de simplifier le langage pour le rendre intelligible au grand public, et de déclarer les éventuels liens d’intérêt. Elle rappelle que l’accompagnement des chargés de communication et l’utilisation des ressources mises à disposition sont essentiels pour maximiser l’impact tout en minimisant les risques.

Tous ces éléments visent à renforcer la confiance des chercheurs lorsqu’ils participent au débat public et à valoriser leurs travaux auprès des médias et des parties prenantes, dans un cadre clair et sécurisé.

Pwp de présentation : 

Lien vers le la charte INRAE des outils de communication expression publique : https://communication.intranet.inrae.fr/rubriques-verticales2/outils-de-communication/expression-publique

 

Un prochain webinaire sera prochainement consacré à la communication scientifique auprès des étudiants. Si vous souhaitez partager votre expérience dans ce domaine, n’hésitez pas à nous contacter par mail (bertille.natoly-delaunay@inrae.fr et claire.heitz@inrae.fr). Par ailleurs, si vous êtes intéressés pour contribuer à la réflexion du PEPR SVA sur la communication scientifique ou à l’élaboration d’une future boîte à outils, vous pouvez également nous écrire !